coordination etang marin Extrait du livre « Le petit monde autour de l’Etang de Berre » de Monsieur Louis Bayet
AVANT PROPOS
COMMENT JE SUIS DEVENU AMOUREUX DU PETIT MONDE DE L’ETANG DE BERRE
J’étais bien jeune,
lorsque mes parents me conduisaient d’Arles à Aubagne, mon pays natal, pour y
passer mes grandes vacances. Nous prenions le train omnibus et dès que
j’apercevais un pan de l’étang de Berre, mes yeux d’enfant étaient éblouis et je
disais à ma mère : “Vé, Maman la mer “. Quelques voiles à l’horizon, quelques
barquettes près du rivage et des ramasseurs de varech qui entassaient les algues
séchées u soleil d’été, voilà ce que je contemplais avant d’arriver à Berre.
Dans les campagnes, les vergers d’oliviers et d’amandiers dominaient. Des champs
de blé rasés et des vignobles alternaient avec des terres arides et vers les
bords, des cannes, des roseaux et des tamaris rabougris. Vers le bout de la
pointe de Berre, la vieille cité avec son clocher massif, les grands cyprès de
Caderot qui se confondaient dans le damier argenté des marais salants. Après
Berre, on revoyait l’étang jusqu’à Vitrolles où la locomotive soufflait comme un
voleur pour gravir la dernière côte. Le train se reposait cinq minutes, pour que
la machine refasse sa vapeur, alors l’on entendait le cri strident et monotone
des cigales qui partait des oliviers longeant la voie ferrée. C’est avec grand
regret que je voyais repartir le train vers Marseille. J’aurais bien voulu aller
me baigner dans cette petite mer si bleue qui fascinait mes yeux d’enfant
curieux. Dans le tunnel de la Nerthe, je revoyais dans mon esprit la petite mer
de Berre, entourée de ses collines bleues sous le ciel d’azur du plein été.
C’est ainsi que dès mon enfance j’étais tombé amoureux de cet étang que je
revoyais sans m’y arrêter toutes les fois que mes parents m’emmenaient passer
les vacances à Aubagne chez tantes et oncles Sicard et Neveu, artistes et
santonniers céramistes.
Après la tourmente 14-18, marié et père d’un enfant, je suis venu me fixer à
Berre en 1930, réalisant ainsi le rêve de mon enfance, vivre au bord de la
petite mer de Berre.
Que de changements depuis cette date. Ah ! Ce n’est plus le petit monde
de l’étang de Berre de ma jeunesse, c’est désormais un monde nouveau, accaparé
par la vie intense que nous subissons, en vivant comme des abeilles dans la
ruche universelle où tout se tient. Là où jadis se miraient, dans le saphir
d’une onde pure, les collines boisées, les bords de plages avec des pinèdes, des
tamaris et des roseaux, quelques châteaux, et les cités qui bordent l’étang,
s’étale un monde nouveau.
Aujourd’hui, des
blocs d’acier et de béton, des réservoirs argents, des installations bizarres,
des hautes cheminées, vastes constructions massives dominées par de hautes
colonnes de conception insolite où s’enchevêtrent des milliers de pièces
métalliques, de rampes, de passerelles, d’échelles ; c’est dans ces centres que
se distillent à flots les pétroles de tous les pays. Tout autour, des usines aux
installations moins massives, mais où tous les produits chimiques se fabriquent
pour les besoins de notre vie moderne. Le soir, lorsque le crépuscule s’en va en
lambeaux, avec les dernières lueurs du jour, les colossales raffineries mirent
leurs dentelles de feux dans le velours bleu de l’étang, tandis que tout autour
de la mer de Berre se mire l’éclairage des cités et que dans le ciel, les avions
de transports passent, illuminés comme des navires, dans le noir de la nuit.
C’est l’heure où du haut des collines de Calissanne, la mer de Berre paraît être
un grand oeil noir frangé de cils d’or et d’argent avec des grains de beauté
rouges. Tandis que sur les grandes routes, les automobiles forment par endroits
de longues chenilles brillantes qui se meuvent en tous sens, donnant à cet oeil
fantastique l’aspect d’une vie invraisemblable et pourtant réelle.
L’ancien petit monde de l’Etang de Berre est loin de cette image, il est
désormais un chaînon important du grand monde industriel de notre France.